Guide pratique

Construire le schéma directeur cyclable de son territoire, du diagnostic à la carte publiée

Un schéma directeur cyclable est le document qui fixe, pour une intercommunalité ou un département, le réseau vélo à atteindre, l'ordre des travaux et leur coût. Aucune loi ne l'impose en tant que tel. Mais le Code des transports oblige tout plan de mobilité à comporter un volet sur la continuité des itinéraires cyclables, et le Code de l'environnement impose un aménagement cyclable à chaque voie urbaine refaite. Le schéma est l'outil qui rend ces deux obligations tenables. Voici la méthode, en sept étapes, avec les financements en place en 2026.

Par Lucas Tesnier, co-fondateur de La Trace · Publié le 27 septembre 2026 · Lecture 10 minutes

  • 26 323 kmde véloroutes au schéma national, réalisé à 83,2 %Réseau vélo et marche, observatoire au 1er janvier 2026
  • 355 kmde véloroutes nationales ouvertes en 2025, le plus faible rythme en dix ansRéseau vélo et marche, avril 2026
  • 1 230projets lauréats du fonds mobilités actives entre 2019 et 2023, pour 465 M€Ministère de la Transition écologique, septembre 2024
  • 434territoires lauréats du programme AVELO 3, en trois relevésADEME, 2024-2025
  • 34 150itinéraires vélo publiés et publics sur les cartes La TraceMesure La Trace en base, 27 septembre 2026

L'essentiel

  • Le schéma directeur cyclable n'est pas obligatoire en soi. Le volet cyclable d'un plan de mobilité, lui, l'est (article L1214-2-1 du Code des transports).
  • Un bon schéma tient en une carte : le réseau cible, hiérarchisé, avec les liaisons prioritaires en couleur.
  • Il reprend les véloroutes nationales et régionales qui traversent le territoire, il ne les redessine pas.
  • Le Cerema a publié en 2024 un guide de méthode en cinq phases, de la gouvernance à l'évaluation.
  • Le réseau voté doit se voir. Un schéma qui dort dans un PDF de 120 pages ne guide aucun cycliste.

Ce qu'est un schéma directeur cyclable, et ce que la loi en dit

Depuis la loi d'orientation des mobilités du 24 décembre 2019, l'article L1214-2-1 du Code des transports est clair : « Le plan de mobilité comprend un volet relatif à la continuité et à la sécurisation des itinéraires cyclables et piétons. » Ce volet reprend les itinéraires des schémas cyclables régionaux et départementaux et du schéma national des véloroutes. Il fixe aussi les principes de stationnement vélo près des gares, des pôles d'échanges et des entrées de ville.

Qui doit faire un plan de mobilité ? L'article L1214-3 le rend obligatoire dans les ressorts des autorités organisatrices de la mobilité inclus dans une agglomération de plus de 100 000 habitants. En dessous, rien n'oblige une communauté de communes à produire un schéma cyclable. Beaucoup le font quand même, parce que c'est la pièce que demandent les financeurs.

Deuxième texte à connaître : l'article L228-2 du Code de l'environnement. À chaque réalisation ou rénovation d'une voie urbaine, hors autoroutes et voies rapides, il impose des itinéraires cyclables : piste, bande, voie verte, zone de rencontre ou marquage. Le type d'aménagement tient compte du plan de mobilité quand il existe. Sans schéma, chaque chantier de voirie se décide seul. Avec un schéma, il s'inscrit dans un réseau.

Notre avis : faites le schéma, même sans obligation. Il coûte une étude. Il évite dix aménagements qui ne se rejoignent pas.

Partir des véloroutes : le schéma national et les schémas régionaux

Un schéma intercommunal ne part pas d'une page blanche. L'article L1212-3-4 du Code des transports dispose que le schéma national des véloroutes « définit le réseau structurant de véloroutes sur le territoire national », en s'appuyant sur les schémas régionaux, et qu'il est actualisé au moins une fois tous les dix ans.

Au 1er janvier 2026, ce schéma national compte 26 323 km, réalisés à 83,2 %, selon l'observatoire de Réseau vélo et marche, le nouveau nom de Vélo & Territoires depuis 2025. Le même observatoire relève que 355 km seulement ont ouvert en 2025, le rythme le plus faible en dix ans, et que 56,8 % de ces nouveaux tronçons sont en site propre. Les sections simples sont faites. Il reste les franchissements, les traversées de bourg et le foncier difficile.

Pour votre territoire, la conséquence est pratique. Si une véloroute nationale ou régionale le traverse, elle devient l'épine dorsale du schéma. Le travail consiste à y raccrocher les bourgs, les gares, les collèges et les sites de visite. Les schémas départementaux avancent aussi : 463 km réalisés en 2025, pour la première fois plus que sur le réseau national, toujours selon Réseau vélo et marche. Demandez le schéma de votre département avant le premier comité de pilotage.

La méthode, du diagnostic au suivi

En février 2024, le Cerema a publié un guide de 52 pages sur le schéma directeur des aménagements cyclables. Il découpe la démarche en cinq phases : gouvernance, diagnostic partagé, grandes orientations, validation et chiffrage d'un scénario, évaluation et communication. Nous la détaillons en sept étapes, parce que deux moments y sont souvent écrasés : la hiérarchisation et le chiffrage.

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    Le diagnostic

    Le réseau existant, relevé sur le terrain et pas seulement dans les bases : pistes, bandes, voies vertes, zones 30, double sens cyclables. Les coupures, rocades, voies ferrées, ponts sans trottoir. Les accidents impliquant des cyclistes. Les générateurs de déplacements : gares, collèges, zones d'emploi, commerces, sites touristiques. Et les comptages existants, quand il y en a.

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    La concertation

    Un comité de pilotage d'élus, un comité technique qui réunit voirie, urbanisme et tourisme, et les usagers. Le Cerema recommande d'associer associations et habitants dès la gouvernance. Un atelier cartographique, carte au mur et feutres en main, fait remonter en deux heures les points noirs que personne n'a mesurés.

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    Le réseau cible

    La carte du réseau à terme, sur dix à quinze ans. Elle relie les pôles entre eux, reprend les véloroutes, et distingue les liaisons utilitaires des boucles de loisirs. Le Cerema fixe quatre exigences : sécurité, continuité, confort et adaptation aux usages. Un réseau cible sans continuité n'est qu'une liste de tronçons.

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    La hiérarchisation

    Tous les tronçons ne se valent pas. On classe le réseau en niveaux, structurant, secondaire, de desserte, et on donne à chacun un type d'aménagement. C'est l'étape qui dit où l'on sépare le cycliste de la voiture, et où une zone apaisée suffit.

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    La programmation

    L'ordre des travaux, par phases de trois à cinq ans. On commence par les liaisons qui portent le plus de déplacements potentiels et par les coupures les plus dangereuses, pas par les tronçons les plus faciles. On cale la programmation sur les chantiers de voirie déjà prévus, puisque l'article L228-2 s'y applique de toute façon.

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    Le chiffrage

    Un coût par tronçon et par type d'aménagement, puis un coût par phase, et le plan de financement en face. Les élus votent un montant, pas une intention. Le coût au kilomètre d'une voie verte se chiffre à part, projet par projet, avec son foncier.

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    Le suivi

    Des indicateurs posés dès le vote : kilomètres réalisés, compteurs installés, part modale si une enquête existe. Un point annuel devant le comité de pilotage. Le Cerema en fait une phase à part entière, parce qu'un schéma sans suivi est oublié au premier changement d'équipe.

Avant de faire voter le schéma

  • Les véloroutes nationales, régionales et départementales qui traversent le territoire figurent sur le réseau cible
  • Chaque gare, collège et zone d'emploi est reliée au réseau structurant
  • Chaque tronçon a un niveau et un type d'aménagement
  • La première phase de travaux est chiffrée et son financement identifié
  • Le volet cyclable du plan de mobilité, s'il existe, reprend la même carte
  • Les indicateurs de suivi et leur responsable sont désignés
  • Le réseau existant est prêt à être publié en ligne, pas seulement imprimé

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Financer le schéma et ses travaux

Le Plan vélo et marche 2023-2027, présenté le 5 mai 2023, annonçait 2 milliards d'euros de l'État sur la période, dont un fonds mobilités actives doté de 250 millions d'euros par an, et un objectif de 100 000 km d'aménagements cyclables sécurisés en 2030. Il lançait aussi un appel à programmes « territoires cyclables » de 100 millions d'euros pour les territoires peu ou moyennement denses qui ont un schéma cyclable à mettre en œuvre.

Le bilan publié par le ministère : six appels à projets du fonds mobilités actives entre 2019 et 2023, 1 230 projets lauréats, 465 millions d'euros de subventions, dont 853 projets en zone peu dense. L'édition 2023 de « territoires cyclables » a retenu 27 intercommunalités, pour 125 millions d'euros. Les enveloppes ont changé depuis, d'une loi de finances à l'autre : vérifiez l'appel en cours auprès de votre préfecture avant de bâtir le plan de financement.

Pour l'étude elle-même, le programme AVELO de l'ADEME est la porte d'entrée. Sa troisième édition, 2024-2027, a retenu 434 territoires en trois relevés. Elle vise les intercommunalités de moins de 250 000 habitants dont la ville la plus peuplée compte moins de 100 000 habitants, et finance en premier lieu le schéma directeur des aménagements cyclables, la concertation et l'aménagement temporaire en lien avec le schéma. En 2026, le fonds vert ouvre aussi une mesure « mobilités durables en territoires ruraux » de 30 millions d'euros, études et infrastructures cyclables comprises, instruite par les préfectures de région jusqu'au 31 décembre 2026.

Le piège du schéma sans programmation

Un financeur de travaux demande presque toujours que le tronçon soit inscrit dans un schéma voté. Il demande aussi un calendrier et un chiffrage. Un schéma qui s'arrête au réseau cible ouvre la porte de l'étude, pas celle des travaux.

Publier le réseau : la carte que voient les habitants et les visiteurs

Au 27 septembre 2026, 34 150 itinéraires vélo et 607 itinéraires gravel sont publiés et publics sur les cartes La Trace. Du 10 avril au 26 septembre 2026, ces cartes ont reçu 720 806 sessions, pour une durée moyenne de 5 min 53. Cinq minutes, c'est le temps de préparer une sortie, pas de jeter un œil.

Le schéma voté se lit en conseil communautaire. Le cycliste, lui, cherche « carte pistes cyclables » sur son téléphone, le samedi matin. Les deux ne se rencontrent que si le réseau existant est publié sur le site de la collectivité ou de l'office de tourisme, tronçon par tronçon, et mis à jour à chaque ouverture.

Ce qu'une carte publique doit montrer, à notre avis : le réseau ouvert et lui seul, les boucles balisées avec leur trace, leur profil et leur GPX, les services le long du parcours, et une date de mise à jour. Les tronçons en projet restent dans le schéma. Publier un pointillé comme une piste envoie un cycliste sur une départementale.

Les itinéraires vélo d'une destination du Val de Loire, avec leur trace, leur profil et les lieux traversés, tels qu'ils s'affichent sur un site.

La carte sert aussi le suivi. Chaque tronçon ouvert s'y ajoute, et le comité de pilotage voit le réseau grandir au lieu de relire un tableau. Si votre territoire accueille des cyclistes itinérants, le label Accueil Vélo complète la carte par les hébergements et services qui les reçoivent. Et pour un tronçon en site propre, le guide créer une voie verte prend le relais du schéma.

FAQ

Le schéma directeur cyclable est-il obligatoire ?

Non, pas en tant que tel. L'obligation porte sur le plan de mobilité, qui doit comporter un volet sur la continuité et la sécurisation des itinéraires cyclables et piétons (article L1214-2-1 du Code des transports). Le plan de mobilité est obligatoire dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants (article L1214-3). Ailleurs, le schéma est volontaire, mais souvent demandé par les financeurs.

Quelle différence entre un schéma directeur cyclable et un plan vélo ?

Le schéma directeur cyclable porte sur le réseau : où passer, avec quel aménagement, dans quel ordre et pour quel coût. Un plan vélo intercommunal est plus large : il ajoute les services, stationnement, location, réparation, et les actions pour donner envie de pédaler. Beaucoup de territoires votent les deux dans le même document.

Combien de temps faut-il pour élaborer un schéma directeur cyclable ?

Il n'existe pas de durée réglementaire. Le diagnostic, la concertation et la validation d'un scénario prennent en pratique plusieurs mois, davantage si les communes sont nombreuses. Le réseau cible, lui, se réalise sur dix à quinze ans, par phases.

Qui finance l'étude d'un schéma directeur cyclable ?

Pour les intercommunalités peu denses, le programme AVELO 3 de l'ADEME, 2024-2027, finance l'élaboration du schéma directeur des aménagements cyclables. En 2026, le fonds vert ouvre aussi une mesure pour les études de mobilité en territoire rural. Région et département ont souvent leur propre dispositif, à demander localement.

Comment publier son réseau cyclable sur une carte interactive ?

En publiant le réseau ouvert, tronçon par tronçon et boucle par boucle, avec la trace, le profil et le fichier GPX, sur le site de la collectivité ou de l'office de tourisme. La carte doit porter une date de mise à jour et ne montrer que ce qui est praticable. Les projets restent dans le schéma.

Sources

  1. Article L1214-2-1 du Code des transports, volet cyclable du plan de mobilité, version en vigueur depuis le 25 août 2021, consulté le 27 septembre 2026
  2. Articles L1214-1 à L1214-38 du Code des transports, les plans de mobilité, consulté le 27 septembre 2026
  3. Article L1214-2 du Code des transports, objectifs du plan de mobilité, consulté le 27 septembre 2026
  4. Article L1212-3-4 du Code des transports, schéma national des véloroutes, consulté le 27 septembre 2026
  5. Article L228-2 du Code de l'environnement, itinéraires cyclables des voies urbaines, consulté le 27 septembre 2026
  6. Le schéma directeur des aménagements cyclables, Cerema, février 2024, consulté le 27 septembre 2026
  7. Observatoire national des véloroutes, Réseau vélo et marche, consulté le 27 septembre 2026
  8. Schéma national des véloroutes en 2025, Banque des territoires, 22 avril 2026, consulté le 27 septembre 2026
  9. Plan vélo et marche 2023-2027, dossier de presse du ministère de la Transition écologique, 5 mai 2023, consulté le 27 septembre 2026
  10. Le fonds mobilités actives, ministère de la Transition écologique, mis à jour le 25 septembre 2024, consulté le 27 septembre 2026
  11. Convention de mise en œuvre du programme AVELO 3, consultée le 27 septembre 2026
  12. Annonce des 101 derniers territoires lauréats du programme AVELO 3, ADEME, novembre 2025, consulté le 27 septembre 2026
  13. Fonds vert 2026, une opportunité pour vos projets marche et vélo, Réseau vélo et marche, 10 avril 2026 mis à jour le 26 juin 2026, consulté le 27 septembre 2026
  14. Mesure La Trace en base, 27 septembre 2026
Lucas Tesnier

Lucas Tesnier

Co-fondateur de La Trace

Lucas Tesnier a cofondé La Trace en 2023 et en dirige le produit et la technique. Il écrit sur ce qu'il voit chez les offices, les parcs et les hébergeurs qui publient leurs itinéraires : l'intégration, les données, les marchés publics.

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