L'essentiel
- Les données publiques ne contiennent que deux marchés d'application touristique. On en tire une fourchette, pas une moyenne, et il faut le dire à l'élu qui pose la question.
- Les deux marchés facturent quatre ans d'hébergement et de maintenance dans le montant notifié. Le prix d'une application, ce n'est pas la livraison, c'est la possession.
- Une application se justifie quand l'usage est hors connexion et répété. Pour trois jours de vacances, il faut convaincre quelqu'un d'installer quelque chose, et c'est là que les projets se perdent.
01 Combien coûte une application mobile de tourisme ?
Le 8 décembre 2021, le département de la Haute-Vienne notifiait un marché de 200 000 euros pour la réalisation, l'hébergement et la maintenance d'une application touristique interactive, sur 48 mois. Le 27 novembre 2020, le département de l'Eure-et-Loir notifiait 45 500 euros pour un site internet et une application mobile dédiés à la randonnée, sur 47 mois. Ce sont les deux seuls marchés d'application touristique retrouvés dans les données essentielles, sur plus d'un millier de marchés comportant le mot « touristique ».
Deux marchés, c'est trop peu pour une médiane, et nous n'en publierons pas. Une fourchette honnête vaut mieux qu'un chiffre inventé : de 45 500 à 200 000 euros sur quatre ans, avec un facteur quatre entre les deux, et deux objets qui ne se ressemblent pas. L'Eure-et-Loir achète un site dont l'application est la déclinaison. La Haute-Vienne achète une application à part entière, hébergement et maintenance compris.
Les familles voisines sont plus fournies et servent de repère d'ordre de grandeur. Un marché de site internet d'office de tourisme recouvre la conception, l'intégration et souvent la maintenance pluriannuelle. Un marché de système d'information touristique recouvre autre chose : la base de données des lieux et des offres, sa qualité, parfois sa mutualisation entre structures.
| Famille de marché | Marchés retenus | Médiane | Fourchette observée |
|---|---|---|---|
| Site internet d'office de tourisme ou de destination | 21 | 49 680 € | 5 960 € à 369 148 € |
| Système d'information touristique, plateforme de données | 7 | 49 700 € | 18 700 € à 500 000 € |
| Application mobile de tourisme ou de randonnée | 2 | pas de médiane exploitable | 45 500 € à 200 000 € |
| Cartographie touristique, en marché autonome | 0 | aucune donnée | aucune donnée |
Trois précautions vont avec ce tableau, et elles comptent autant.
Ce que ces montants ne disent pas
Le schéma des données essentielles ne précise pas si le montant publié est hors taxes ou toutes taxes comprises. L'usage des marchés publics français veut qu'il soit HT, mais ce n'est garanti sur aucune ligne prise isolément. Ensuite, les montants les plus hauts correspondent souvent à des contrats plus longs, pas à des projets plus ambitieux. Enfin, l'obligation de publier ces données commence à 40 000 euros HT : un projet à 20 000 euros n'a presque aucune chance d'apparaître ici.
Un abonnement annuel, lui, ne se lit pas dans un catalogue : il se chiffre au périmètre réel, et le périmètre d'une application tient en quatre questions. Combien de contenus à reprendre, et dans quel état ? Quelle fréquentation attendue, donc quelle charge serveur et quel support ? Reprend-on des données existantes, un système d'information touristique, des traces GPX, ou part-on de zéro ? Pour combien d'années s'engage-t-on, sachant que les mises à jour imposées par les magasins d'applications tombent tous les ans. Demandez ce détail par poste à chaque candidat : c'est ce qui se compare, un prix de catalogue ne se compare pas.
Une précaution de lecture, valable pour tous les devis que vous recevrez. Certains prestataires annoncent un montant hors taxes, d'autres un forfait toutes taxes comprises. Les seuils de la commande publique, eux, s'entendent toujours hors taxes. Une colonne de dépouillement qui mélange les deux bases fausse le classement de 20 %, assez pour inverser deux offres.
02Ce qui fait varier le prix : le coût de possession sur quatre ans
Reprenez les deux marchés du début et divisez. La Haute-Vienne, 200 000 euros sur 48 mois, soit 50 000 euros par an tout compris. L'Eure-et-Loir, 45 500 euros sur 47 mois, soit près de 11 600 euros par an pour un site et son application. Ni l'un ni l'autre n'a acheté une livraison : ils ont acheté quatre ans de fonctionnement. C'est la lecture qui manque à la plupart des délibérations.
Une application ne vieillit pas comme un site. Un site qu'on ne touche plus reste en ligne. Une application dépend de deux magasins qui imposent leurs versions minimales de système et retirent du catalogue ce qui ne suit plus. Un téléphone neuf, une mise à jour de système, et elle cesse de se lancer chez une partie des visiteurs sans que personne au service tourisme ne soit prévenu. Le jour où elle disparaît des magasins, elle n'est plus installable.
Les postes à budgéter sur quatre ans, pas seulement la première année
- Le développement initial, la seule ligne que tout le monde chiffre correctement
- Les mises à jour imposées par les systèmes d'exploitation, au moins une par an et par magasin
- Les comptes développeur, un chez chaque magasin, avec un renouvellement annuel pour l'un d'eux
- Les corrections après livraison et l'hébergement des données
- Les contenus, à ressaisir ou à synchroniser depuis votre base de données touristiques
- La fin du contrat : récupération des contenus, transfert ou fermeture des comptes développeur
Vient la question qui aurait dû être posée avant de chiffrer quoi que ce soit : est-ce qu'une application est le bon objet ? Deux cas la justifient, deux la disqualifient.
Elle se justifie quand l'usage est hors connexion : un itinéraire de grande randonnée traversé sur cinq jours, en zone sans réseau, demande des cartes et des traces embarquées sur le téléphone. Elle se justifie aussi quand le public revient souvent, une station qui parle à ses habitués tout l'hiver, un réseau de pratiquants qui ouvre l'outil chaque week-end. Là, l'installation se rentabilise et la notification a un destinataire qui l'accepte.
Elle ne se justifie pas quand le visiteur est là pour trois jours : il faut le convaincre de chercher un nom dans un magasin, d'installer, d'accepter des notifications, pour un séjour qui finit jeudi. Ce coût d'entrée, c'est lui qui le paie, et la plupart refusent. Elle ne se justifie pas non plus quand le contenu est celui du site : fiches, carte et agenda se consultent sans rien installer, et l'application double le travail de mise à jour.
La Trace est un éditeur français de cartes interactives touristiques : itinéraires, lieux et hébergements d'un territoire, publiés sur son propre site, à ses couleurs.
Une carte de territoire, dans un navigateur, sans installation.
Reste l'arbitrage entre un développement spécifique et un abonnement annuel. Le premier demande un investissement initial, produit un objet qui vous appartient, et vous laisse la charge de le maintenir toute sa vie. Le second supprime l'investissement initial et comprend les mises à jour, y compris celles que les magasins imposent, mais il s'arrête le jour où vous cessez de payer. La question à poser dans les deux cas est la même, et elle n'est pas technique : à qui appartiennent les contenus, les photos, les traces et les données de fréquentation, et sous quelle forme les récupérez-vous en changeant de prestataire ? Elle ne se négocie plus après signature.
03 Quelle procédure selon le montant
Le montant à comparer aux seuils du MAPA n'est pas le prix de la première année, c'est la valeur estimée du besoin sur toute la durée du marché, reconductions comprises. Prenons un abonnement à 12 000 euros HT par an, chiffre d'exemple : reconduit trois fois, c'est un marché de 48 000 euros HT, sous le seuil de dispense mais au-dessus du seuil de publication des données essentielles. Une application développée à 45 500 euros sur quatre ans, comme celle de l'Eure-et-Loir, reste elle aussi sous les 60 000 euros HT. Celle à 200 000 euros reste en procédure adaptée : elle est sous le seuil de procédure formalisée des collectivités, 216 000 euros HT pour 2026-2027 (et 214 000 euros HT en 2021, quand la Haute-Vienne l'a notifiée).
- 1
En dessous de 60 000 euros HT
Depuis le 1er avril 2026, l'article R2122-8 du code de la commande publique permet de passer un marché de services sans publicité ni mise en concurrence préalables lorsque le besoin estimé est inférieur à 60 000 euros HT. L'acheteur reste tenu de choisir une offre pertinente et de ne pas contracter systématiquement avec le même opérateur. Attention au calendrier : le seuil travaux, lui, est passé à 100 000 euros HT dès le 1er janvier 2026, trois mois plus tôt.
- 2
Entre 40 000 et 60 000 euros HT, une zone à connaître
Le seuil de publication des données essentielles est resté à 40 000 euros HT. Un marché peut donc être dispensé de publicité et de mise en concurrence tout en restant tenu de publier ses données essentielles.
- 3
De 60 000 à 216 000 euros HT, la procédure adaptée
L'acheteur définit librement les modalités de la consultation, dans le respect des principes de la commande publique, et peut prévoir une négociation à condition de l'annoncer dans les documents de consultation. À partir de 90 000 euros HT, la publicité n'est plus libre : un avis de marché doit être publié au BOAMP ou dans un journal habilité à recevoir des annonces légales.
- 4
Au-delà de 216 000 euros HT
Procédure formalisée pour une collectivité territoriale, sur la période du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2027. Le seuil est de 140 000 euros HT pour l'État et ses autorités publiques centrales. Le marché de la Haute-Vienne, à 200 000 euros sur 48 mois, se situait juste en dessous de ce plafond.
Un point qui surprend encore : le statut associatif ne dispense de rien. Un office financé, contrôlé ou dirigé majoritairement par une collectivité est pouvoir adjudicateur au sens de l'article L1211-1 du code de la commande publique, et les seuils ci-dessus valent pour ses achats.
À emporter : les deux modèles de cahier des charges, à remplir
Recevoir les modèles04Ce qu'il faut écrire dans le cahier des charges d'une application
Une consultation d'application se rate rarement sur la technique. Elle se rate sur les lignes que personne n'écrit, et qui se découvrent trois ans plus tard, en changeant de prestataire.
Les rubriques à ne pas laisser vides
- Les magasins visés. Les deux ou un seul, et la version minimale de système acceptée. Ne cibler qu'un magasin exclut une moitié de vos visiteurs.
- L'usage hors connexion. Ce qui doit fonctionner sans réseau, précisément : fond de carte, traces, fiches, photos. C'est la ligne qui fait le plus varier le prix.
- L'accessibilité. Les critères retenus et la façon dont ils sont vérifiés à la recette, pas une déclaration d'intention en fin de mémoire technique.
- La propriété des contenus et des données. Fiches, photos, traces, statistiques : qui en est titulaire, et sous quel format ils sont restituables.
- La réversibilité. Un export complet, dans un format ouvert et documenté, exigible à tout moment et pas seulement à la fin, avec un délai chiffré.
- Le compte développeur. Qui publie, sous quel compte, et à quel nom il est ouvert.
- La fin du contrat. Transfert des comptes et des contenus, durée de maintien en service pendant la transition, et ce qu'il advient de l'application si vous ne renouvelez pas.
Sur le compte développeur, soyez explicite jusqu'à la lourdeur. C'est le seul point qui ne se rattrape pas par un avenant : publiée sous le compte du prestataire, l'application devra être republiée à neuf en cas de changement, avec perte des installations, des avis et du classement. Ouvrez le compte à votre nom, donnez-lui un accès, retirez-le à la fin.
05Les pièges vus dans les consultations
Le premier est un piège de rédaction. Les spécifications techniques ne peuvent pas faire référence à une marque, un brevet ou un type lorsque cette référence est susceptible de favoriser ou d'éliminer certains candidats, sauf si elle est justifiée par l'objet du marché ou, à titre exceptionnel, indispensable pour décrire le besoin, et à condition d'ajouter les termes « ou équivalent ». Recopier le descriptif fonctionnel d'un produit trouvé sur internet revient à écrire une marque sans la nommer. Décrivez des fonctions et des résultats attendus, pas des écrans.
Le deuxième est un piège de périmètre. Sur les trente marchés retenus, aucun ne porte uniquement sur une carte touristique : elle est presque toujours un lot ou une fonctionnalité d'un marché de site ou d'application, comme en Eure-et-Loir. Si la carte est le cœur du besoin, écrivez-la comme telle, avec ses propres critères de jugement, sinon elle sera traitée en option.
Le troisième est un piège de comparaison. Un candidat qui annonce un montant bas sur la conception et place la maintenance en tranche optionnelle n'est pas moins cher, il est moins lisible. Demandez à tous un coût complet sur la durée du marché, mises à jour système et hébergement compris. Les écarts se resserrent, parfois s'inversent.
FAQ
Combien coûte une application mobile pour un office de tourisme ?
Les données publiques ne contiennent que deux marchés d'application touristique, à 45 500 et 200 000 euros, hébergement et maintenance compris sur environ quatre ans. C'est trop peu pour une moyenne fiable. En repère, la médiane d'un marché de site internet d'office de tourisme est de 49 680 euros sur 21 marchés. Un abonnement annuel se chiffre, lui, au périmètre : contenus à reprendre, fréquentation attendue, données existantes à récupérer, durée d'engagement. Ramenez-le à un coût sur quatre ans, c'est la seule base qui se compare à ces marchés.
Faut-il une application ou un site internet ?
Une application se justifie quand l'usage est hors connexion, ou quand le public revient régulièrement sur plusieurs mois. Un site suffit quand le visiteur est là pour quelques jours, ou quand le contenu serait le même des deux côtés. Le critère décisif n'est pas fonctionnel, il est humain : il faut convaincre quelqu'un d'installer quelque chose.
Que coûte une application une fois qu'elle est livrée ?
Les mises à jour imposées par les systèmes d'exploitation, les comptes développeur des deux magasins, les corrections, l'hébergement des données et la mise à jour des contenus. Les deux marchés cités plus haut incluent ces postes dans leur montant notifié, sur 47 et 48 mois. Une application qui n'est plus mise à jour finit par être retirée des magasins, donc par ne plus être installable.
Les montants publics cités sont-ils hors taxes ou toutes taxes comprises ?
Le schéma des données essentielles ne porte pas cette information. La convention observée veut qu'ils soient hors taxes, sans garantie marché par marché. Les seuils de procédure, eux, s'entendent explicitement hors taxes.
Quelle procédure pour un marché d'application mobile ?
En dessous de 60 000 euros HT de besoin estimé sur toute la durée du marché, la dispense de publicité et de mise en concurrence est possible depuis le 1er avril 2026. Au-dessus, procédure adaptée, avec publication obligatoire d'un avis à partir de 90 000 euros HT. Au-delà de 216 000 euros HT pour une collectivité, procédure formalisée.
Sources
- Article R2122-8 du code de la commande publique, seuil de dispense de publicité et de mise en concurrence, version en vigueur depuis le 1er avril 2026, consulté le 22 septembre 2026
- Décret n° 2025-1386 du 29 décembre 2025 modifiant certains seuils relatifs aux marchés publics, JORF, consulté le 22 septembre 2026
- Avis relatif aux seuils de procédure formalisée, NOR ECOM2530077V, publié au JORF le 26 décembre 2025, consulté le 22 septembre 2026
- Règlement délégué (UE) 2019/1828 du 30 octobre 2019, seuils de procédure formalisée 2020-2021, JOUE du 31 octobre 2019
- Article R2123-1 du code de la commande publique, procédure adaptée, consulté le 22 septembre 2026
- Article R2131-12 du code de la commande publique, publicité à partir de 90 000 euros HT, consulté le 22 septembre 2026
- Article R2111-7 du code de la commande publique, référence à une marque et mention « ou équivalent », consulté le 22 septembre 2026
- Article L1211-1 du code de la commande publique, définition du pouvoir adjudicateur, consulté le 22 septembre 2026
- Données essentielles de la commande publique, jeu de données enrichi, portail data.economie.gouv.fr, extraction du 22 septembre 2026, marchés notifiés de 2019 à 2023
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