Classement et organisation

Quel statut donner à un office de tourisme, et ce que chacun change

Le conseil qui crée l'office choisit son statut, et le Code du tourisme ne lui en impose aucun. Il n'en décrit qu'un seul en détail, l'EPIC, aux articles L133-4 à L133-10. Les autres formes, association, SPL, SEM ou régie, suivent leur propre droit, avec une contrainte commune : des représentants des professionnels du tourisme autour de la table. Depuis le 1er janvier 2017, ce conseil est presque toujours celui de l'intercommunalité.

Par Lucas Tesnier, co-fondateur de La Trace · Publié le 27 septembre 2026 · Lecture 9 minutes

  • 69 %des offices étaient des associations en 2014, 15 % des EPIC, 15 % des régiesMinistère de l'Agriculture, fiche Offices de Tourisme de France, août 2015
  • 1er janvier 2017la date butoir fixée par l'article 68 de la loi NOTRe pour mettre les compétences des intercommunalités en conformitéLoi n° 2015-991 du 7 août 2015
  • 6 réunionspar an au minimum pour le comité de direction d'un office en EPICArticle R133-1 du Code du tourisme
  • 80 %de l'activité d'une SPL tournée vers ses actionnaires, pour qu'ils lui confient des missions sans mise en concurrenceArticle L2511-1 du Code de la commande publique

L'essentiel

  • Le statut est fixé par délibération du conseil municipal ou de l'intercommunalité (L133-2, R133-19).
  • En EPIC, les élus détiennent la majorité du comité de direction et le directeur ne peut pas être conseiller municipal.
  • Un EPIC et une SPL sont des pouvoirs adjudicateurs : leurs propres achats suivent le Code de la commande publique.
  • La SPL n'a que des actionnaires publics, au moins deux ; la SEM ouvre son capital au privé.
  • Une station classée de tourisme peut garder son office communal, par délibération, après avis de la communauté de communes.

01Qui choisit le statut, et depuis quand c'est l'intercommunalité

Le 7 août 2015, la loi NOTRe a fait de la « promotion du tourisme, dont la création d'offices de tourisme » une compétence obligatoire des communautés de communes et d'agglomération, avec une échéance : le 1er janvier 2017. Un directeur d'office communal a vu, ce jour-là, son conseil d'administration changer de maître. L'article L134-1 du Code du tourisme confie depuis cette compétence aux communautés, aux métropoles et à la métropole de Lyon.

La règle de fond n'a pas bougé. L'article L133-2 dit que « le statut juridique et les modalités d'organisation de l'office de tourisme sont déterminés par le conseil municipal », lu aujourd'hui comme l'organe délibérant de l'EPCI qui détient la compétence. L'article R133-19 fixe le minimum d'une délibération pour tout office qui n'est pas un EPIC : le statut, et la composition de l'organe délibérant, avec le nombre de sièges des élus et celui des professions intéressées au tourisme.

Notre avis : le statut se choisit au moment du transfert, pas après. Une fusion d'offices est le seul moment où l'on redessine la gouvernance sans avoir à défaire l'existant.

02Les six statuts, côte à côte

Le tableau ci-dessous se lit ligne par ligne. Il ne tranche pas pour vous : un office de montagne qui gère un palais des congrès et un office rural qui fait de l'accueil n'ont pas les mêmes besoins.

StatutPersonne moraleQui gouvernePersonnelAchats de l'office
Régie administrative (SPA)Non, service de la collectivitéConseil de la collectivité, organe fixé par délibération (R133-19)Agents de la collectivitéPassés par la collectivité
Régie à autonomie financière (SPIC)Non, budget annexeConseil d'exploitation, sous l'autorité de la collectivitéAgents de la collectivitéPassés par la collectivité
EPICOui, de droit publicComité de direction à majorité d'élus (L133-5), directeur (L133-6)Droit privé pour l'essentielPouvoir adjudicateur (L1211-1, 1°)
Association loi 1901Oui, de droit privéConseil d'administration, statuts associatifsDroit privéPouvoir adjudicateur si financée ou contrôlée majoritairement par une collectivité
SPLOui, société anonymeConseil d'administration d'actionnaires publics, au moins deux (L1531-1 CGCT)Droit privéPouvoir adjudicateur
SEMOui, société anonymeConseil à majorité publique, actionnaires privés possiblesDroit privéÀ examiner au cas par cas

Dans tous les cas, le personnel de droit privé d'un organisme de tourisme relève de la convention collective nationale des organismes de tourisme du 5 février 1996.

03L'EPIC : le seul statut que le Code du tourisme décrit article par article

L'ordonnance du 26 mars 2015 a réécrit les articles L133-5, L133-6 et L133-8 pour y faire entrer l'intercommunalité. Le cadre tient en quelques règles. L'office est « administré par un comité de direction et dirigé par un directeur » (L133-4). Les représentants de la collectivité ou de l'EPCI « détiennent la majorité des sièges du comité de direction » (L133-5). Le directeur assure le fonctionnement sous l'autorité du président, il est nommé et licencié par délibération du comité sur proposition du président, et il « ne peut être conseiller municipal » (L133-6).

Côté argent, l'article L133-7 liste les recettes : subventions, souscriptions privées, dons et legs, taxe de séjour, une part de la taxe sur les remontées mécaniques, produits de la gestion d'équipements. Le budget et les comptes, délibérés par le comité, passent ensuite à l'approbation du conseil municipal ou communautaire (L133-8). La partie réglementaire ajoute le rythme : au moins six réunions par an, un président et deux vice-présidents au plus élus en son sein (R133-1).

L'EPIC convient à l'office qui encaisse la taxe de séjour, gère des équipements et commercialise. Il coûte en formalisme : un comité à réunir, un budget à faire approuver, des marchés publics à passer.

À emporter : la grille des critères de classement, à cocher

Recevoir la grille

04Association, SPL, SEM : les statuts de droit privé

L'association reste la forme historique. En 2014, sept offices sur dix l'avaient choisie. Elle est souple, elle associe naturellement les hébergeurs et les commerçants, et ses statuts se rédigent librement dans la limite de R133-19. Sa fragilité est ailleurs : une association qui vit de la subvention d'une seule collectivité, avec des élus majoritaires au conseil, a tout d'un démembrement de la collectivité. Le statut privé devient alors une façade.

La SPL relève de l'article L1531-1 du CGCT. Les collectivités en détiennent la totalité du capital, à au moins deux, et elle n'agit que pour ses actionnaires et sur leur territoire. Le Code du tourisme la prévoit : quand l'office est une SPL, les professionnels siègent au conseil d'administration ou dans un comité technique qui rend des avis aux administrateurs (R133-19-1). Son intérêt tient à la quasi-régie : si les actionnaires la contrôlent comme leurs propres services et si elle réalise plus de 80 % de son activité pour eux, ils lui confient des missions sans mise en concurrence (L2511-1 du Code de la commande publique).

La SEM, régie par l'article L1521-1 du CGCT, accepte des actionnaires privés. Elle devient pertinente quand l'office porte une activité franchement commerciale avec des partenaires qui veulent en être actionnaires. Pour un office d'accueil et de promotion, elle ajoute une complexité sans contrepartie.

Le piège de l'association

Une association financée majoritairement par l'intercommunalité est un pouvoir adjudicateur au sens du 2° de l'article L1211-1 du Code de la commande publique. Sa refonte de site, sa carte, ses brochures se passent alors selon les seuils de la commande publique, même si ses statuts n'en disent rien.

05La régie : SPA ou SPIC

La régie n'a pas de personnalité morale : l'office est un service de la collectivité. En régie administrative, les dépenses et recettes passent dans le budget principal. En régie dotée de l'autonomie financière, un budget annexe isole l'activité et un conseil d'exploitation la suit. Dans les deux cas, l'article R133-19 s'applique : la délibération fixe un organe délibérant où siègent des représentants des professions du tourisme. Un simple service tourisme, sans cet organe, n'est pas un office de tourisme au sens du code.

La régie convient à un petit territoire qui fait surtout de l'accueil. Elle se heurte vite à la commercialisation, parce que chaque vente passe par la comptabilité publique de la collectivité.

06Personnel, TVA, achats : ce que le statut change au quotidien

Une fiche de la DGFiP mise à jour en mars 2016 range les recettes d'un office en EPIC en trois familles. L'accueil et l'information, la délivrance de guides et de cartes « à titre gratuit ou moyennant un prix symbolique » sont hors du champ de la TVA. Les services culturels ou sportifs le sont aussi quand il n'y a pas de concurrence, une piscine ou un musée par exemple. Tout le reste est taxable, « quel que soit le statut juridique » : ventes de boutique, prestations facturées aux partenaires, parrainage, organisation de séjours, location de salles aménagées.

La commande publique suit la personnalité morale. Un EPIC est une personne morale de droit public, donc pouvoir adjudicateur au sens du 1° de l'article L1211-1. Une SPL, créée pour une mission d'intérêt général et contrôlée par ses actionnaires publics, l'est au titre du 2°. En régie, c'est la collectivité qui achète. Le jour où l'office consulte pour son site ou sa carte interactive, le statut décide de qui signe et de quelles règles s'appliquent.

La carte d'un parc naturel régional sur son site : un outil que l'office achète selon les règles de son statut.

Pour le personnel, le passage d'une régie à un EPIC ou à une SPL fait basculer des agents publics vers des contrats de droit privé. C'est le poste de la réforme qui prend le plus de temps.

Le même contenu, à imprimer : la grille des critères de classement, à cocher

Recevoir la grille

07Stations classées et communes touristiques : la dérogation au transfert

La loi Montagne du 28 décembre 2016, puis la loi Engagement et proximité du 27 décembre 2019, ont ouvert une porte que la loi NOTRe avait fermée. L'article L5214-16 du CGCT, dans sa version du 13 avril 2025, permet aux communes « érigées en stations classées de tourisme » de « conserver ou de retrouver l'exercice de la compétence », par délibération et après avis de la communauté de communes, rendu sous trois mois. La communauté garde en parallèle la promotion sur le territoire de cette commune, sans pouvoir y créer d'office.

La dérogation tombe avec le classement. En cas de perte du classement en station, la délibération « cesse de produire ses effets » et la compétence revient entière à la communauté. Une commune touristique non classée peut, elle, demander à retrouver la compétence, mais il faut des délibérations concordantes à la majorité requise pour créer l'établissement.

Côté intercommunalité, l'article L134-2 du Code du tourisme transforme les offices des communes touristiques et des stations classées en bureaux d'information de l'office intercommunal, sauf s'ils en deviennent le siège. L'EPCI peut toutefois décider, au plus tard trois mois avant le transfert, de garder des offices distincts pour ses stations classées. Les communautés urbaines et les métropoles peuvent aussi créer plusieurs offices, à périmètres disjoints (L134-1-1).

08Changer de statut sans casser l'office

  1. 1

    Vérifier qui détient la compétence

    Communauté, station classée ayant conservé la compétence, ou commune touristique qui l'a retrouvée : c'est cet organe qui délibère.

  2. 2

    Lister ce que l'office fait vraiment

    Accueil seul, taxe de séjour, équipements, commercialisation : chaque activité pèse sur le choix, et sur la TVA.

  3. 3

    Choisir la forme et rédiger la délibération

    Statut, composition de l'organe délibérant, place des professionnels (R133-19), et pour un EPIC la composition du comité (R133-1).

  4. 4

    Transférer le personnel et les contrats

    Contrats de travail, marchés en cours, abonnements, noms de domaine : tout ce qui était signé par l'ancienne structure change de titulaire.

Une limite : on n'a pas de mesure publique récente de la répartition des statuts depuis la vague de fusions intercommunales. Les chiffres de 2014 datent d'avant la loi NOTRe.

FAQ

Quels sont les statuts possibles pour un office de tourisme ?

Régie (administrative ou à autonomie financière), EPIC, association loi 1901, SPL et SEM. Le conseil qui crée l'office choisit par délibération (L133-2). Seul l'EPIC est décrit en détail par le Code du tourisme, aux articles L133-4 à L133-10.

Qui dirige un office de tourisme en EPIC ?

Un comité de direction, où les élus de la collectivité ou de l'EPCI détiennent la majorité, et un directeur qui assure le fonctionnement sous l'autorité du président. Le directeur est nommé par le comité sur proposition du président et ne peut pas être conseiller municipal.

Un office de tourisme associatif doit-il appliquer le Code de la commande publique ?

Oui, s'il est financé majoritairement par une collectivité, ou si son conseil d'administration est composé en majorité de membres désignés par elle. Il est alors pouvoir adjudicateur au sens du 2° de l'article L1211-1.

Quelle différence entre une SPL et une SEM pour le tourisme ?

La SPL n'a que des actionnaires publics, au moins deux, et travaille uniquement pour eux, ce qui permet de lui confier des missions sans mise en concurrence. La SEM ouvre son capital à des actionnaires privés, sous majorité publique.

Une commune station classée peut-elle garder son office de tourisme ?

Oui. Elle peut conserver ou retrouver la compétence par délibération, après avis de la communauté de communes (L5214-16 du CGCT). Si elle perd son classement, la compétence revient entièrement à la communauté.

Un office de tourisme paie-t-il la TVA ?

Pas sur l'accueil et l'information gratuits, ni pour un EPIC sur la taxe de séjour qui lui est reversée. Oui sur les ventes de boutique, les prestations facturées aux partenaires, la commercialisation de séjours et les autres activités concurrentielles, quel que soit le statut.

Sources

  1. Article L133-1 du Code du tourisme, création de l'office par délibération, version issue de la loi du 7 août 2015, consulté le 27 septembre 2026
  2. Article L133-2 du Code du tourisme, statut fixé par le conseil municipal, consulté le 27 septembre 2026
  3. Article L133-3 du Code du tourisme, missions de l'office, consulté le 27 septembre 2026
  4. Article L133-4 du Code du tourisme, comité de direction et directeur, consulté le 27 septembre 2026
  5. Article L133-5 du Code du tourisme, majorité des élus au comité, version du 28 mars 2015, consulté le 27 septembre 2026
  6. Article L133-6 du Code du tourisme, le directeur, version du 28 mars 2015, consulté le 27 septembre 2026
  7. Article L133-7 du Code du tourisme, recettes de l'office, consulté le 27 septembre 2026
  8. Article L133-8 du Code du tourisme, budget et comptes, consulté le 27 septembre 2026
  9. Article L133-10 du Code du tourisme, décrets d'application, consulté le 27 septembre 2026
  10. Article R133-1 du Code du tourisme, composition et réunions du comité de direction, consulté le 27 septembre 2026
  11. Article R133-19 du Code du tourisme, offices qui ne sont pas des EPIC, consulté le 27 septembre 2026
  12. Article R133-19-1 du Code du tourisme, office constitué en SPL, consulté le 27 septembre 2026
  13. Article L134-1 du Code du tourisme, compétence des intercommunalités, version du 30 décembre 2016, consulté le 27 septembre 2026
  14. Article L134-1-1 du Code du tourisme, offices des communautés urbaines et métropoles, consulté le 27 septembre 2026
  15. Article L134-2 du Code du tourisme, offices des stations classées lors du transfert, version du 29 décembre 2019, consulté le 27 septembre 2026
  16. Article 68 de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 (NOTRe), consulté le 27 septembre 2026
  17. Article L5214-16 du CGCT, compétences des communautés de communes et dérogation des stations classées, version du 13 avril 2025, consulté le 27 septembre 2026
  18. Article L1531-1 du CGCT, sociétés publiques locales, consulté le 27 septembre 2026
  19. Article L1521-1 du CGCT, sociétés d'économie mixte locales, consulté le 27 septembre 2026
  20. Article L1211-1 du Code de la commande publique, pouvoirs adjudicateurs, consulté le 27 septembre 2026
  21. Article L2511-1 du Code de la commande publique, quasi-régie, consulté le 27 septembre 2026
  22. Collectivités locales et TVA : offices de tourisme et syndicats d'initiative, DGFiP, mise à jour de mars 2016, consulté le 27 septembre 2026
  23. Convention collective nationale des organismes de tourisme du 5 février 1996, consultée le 27 septembre 2026
  24. Offices de Tourisme de France, fiche du ministère de l'Agriculture, chiffres 2014, page du 17 août 2015, consultée le 27 septembre 2026
  25. ADN Tourisme, fédération des offices, CDT et CRT, consulté le 27 septembre 2026
Lucas Tesnier

Lucas Tesnier

Co-fondateur de La Trace

Lucas Tesnier a cofondé La Trace en 2023 et en dirige le produit et la technique. Il écrit sur ce qu'il voit chez les offices, les parcs et les hébergeurs qui publient leurs itinéraires : l'intégration, les données, les marchés publics.

Tous ses guides · Comment nous écrivons

À emporter

La grille des critères de classement d'un office de tourisme, à cocher

Les critères des catégories I et II, groupés comme dans l'arrêté, avec la pièce justificative de chacun et une colonne pour noter où en est votre office.

Merci, la grille part dans votre boîte mail.

Ouvrir la grille

Votre office change de statut ou de périmètre ?

Une démonstration de trente minutes, sur vos données, pour voir la carte du nouveau territoire avant de rédiger la consultation.

Demander une démonstration
Thank you! Your submission has been received!
L'envoi n'a pas abouti. Réessayez, ou écrivez-nous à contact@latrace.com.
Les VéloroutesPour les prosMes enregistrementsMes informationsBlogNous contacterAidez-nous à nous améliorer