Une nouvelle traversée cyclable vient de voir le jour entre Nantes et le Mont-Saint-Michel, 519,6 km au compteur. Sur le papier, la promesse est belle : suivre l'eau, de l'estuaire de la Loire jusqu'à la baie du Mont-Saint-Michel, en traversant quatre visages très différents de l'Ouest. Sur le papier, tout le monde peut promettre ça. Alors on est partis vérifier, vélo chargé et carnets en poche : Nina et Achille, cinq jours, entre Nantes et le Mont-Saint-Michel, sans se contenter des spots déjà mille fois photographiés.
Ce que vous allez lire n'est pas un dépliant. C'est ce qu'on a vraiment vécu : les spots qui valent le détour, ceux qui déçoivent un peu, une crevaison qui a failli nous faire rater un marché, une pizza de distributeur qu'on n'était pas près d'oublier, et une arrivée au Mont-Saint-Michel les doigts gelés par un vent de face à décorner les mouettes. Si vous cherchez la carte officielle et la trace GPX, on vous y renvoie en fin d'article. Si vous voulez savoir à quoi vous attendre vraiment, restez.
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La Traversée Bretonne à vélo, c'est quoi ?
La Traversée Bretonne relie Nantes au Mont-Saint-Michel sur 519,6 km (mesurés sur la trace GPX officielle - on a vérifié, ce n'est pas un chiffre rond marketing), en s'appuyant sur plusieurs véloroutes déjà existantes : Loire à Vélo, canal d'Ille-et-Rance, Vélomaritime. Le tracé complet se découpe en 14 étapes et se boucle en 8 à 10 jours à un rythme tranquille, sur un profil très majoritairement plat.
Ce qui rend l'itinéraire particulier, c'est qu'il ne longe pas la côte comme la plupart des grandes véloroutes bretonnes : il traverse, en suivant l'eau. La Loire, l'estuaire, la Vilaine, le canal d'Ille-et-Rance, la Rance, puis la Manche. Un itinéraire jeune, encore peu raconté sur le terrain - une bonne raison d'aller y voir de plus près plutôt que de recopier une brochure.
Nous n'avons pas roulé les 519,6 km : sur 5 jours, on a choisi de vivre les séquences les plus fortes de chaque grand territoire - environ 274 km à vélo au total - en s'appuyant sur le train pour sauter les portions les moins spectaculaires. Une façon aussi de tester ce que l'itinéraire promet : qu'on peut le moduler à sa main.
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Notre itinéraire, jour par jour
Jour 1 - Nantes : on n'a pas vu passer les kilomètres (dans le mauvais sens)
Premier couac, et il est assumé : entre l'accueil par Estelle, de l'office de tourisme, qui nous a pris en charge dès la sortie de gare et a tout réservé "clé en main", et les visites qui s'enchaînent en ville, on ne monte sur les vélos qu'en milieu d'après-midi. Résultat, il a fallu avaler les 62 km jusqu'à Cordemais tambour battant en fin de journée - la première leçon du voyage : à trop vouloir tout voir en ville, on rogne sur la route.
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Le programme, lui, valait largement le coup de bousculer l'horaire. À peine sortis de la gare, on tombe nez à nez avec l'éléphant mécanique de 12 mètres des Machines de l'Île - le genre de rencontre qui remet les idées en place sur ce que "visiter Nantes à vélo" veut dire. Direction ensuite Trentemoult, village de pêcheurs aux façades colorées, via 8 minutes de navibus sur la Loire. Puis le parcours se transforme en galerie à ciel ouvert : les œuvres du parcours Estuaire s'enchaînent, parmi lesquelles un étonnant banc magique qui déclenche un jet d’eau dès que l’on s’y assoit et, plus loin, une sorte de bateau qui semble fondre dans une écluse - on ne sait plus trop si c'est la fatigue ou la réalité. L'impressionnante Villa Cheminée de Tatzu Nishi clôt la série. On a aussi lancé le drone sur deux ou trois spots bien choisis, avec la patience nécessaire face au vent de l'estuaire. La journée s'est terminée par une pizza de distributeur au bord de l'eau, coucher de soleil compris - pas franchement gastronomique, mais elle avait au moins le mérite d'exister, et le cadre a fait le reste.
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Jour 2 - Saint-Nazaire : la ville qui ne joue pas la carte postale
41 km plats jusqu'à Saint-Nazaire, avec une pause qu'on recommande sans réserve : la Maison du Port à Lavau-sur-Loire, table de pique-nique au bord des marais, dans un calme total. Un peu plus loin, l'Observatoire de Tadashi Kawamata offre l'un des plus beaux points de vue du séjour sur l'estuaire et les chantiers navals au loin.


À Saint-Nazaire, Chloé, de l'office de tourisme, nous fait faire le tour de la ville, Escal'Atlantic compris - reconstitution bluffante d'un paquebot transatlantique. Sur la terrasse panoramique, on a joué le jeu de l'œuvre de Felice Varini, Suite de Triangles : il faut trouver le point exact d'où tous les triangles peints s'alignent parfaitement. Ça prend deux minutes et ça vaut le coup. Non loin, une sculpture qu'on a surnommée "le pull" - trop grande pour être photographiée de près, mais qui vaut le détour en vrai. Un sous-marin, un port qui ne triche pas sur son identité industrielle, et pour finir, un arc-en-ciel improbable au-dessus du pont de Saint-Nazaire juste avant de sauter dans le train jusqu'à Redon, hôtel en face de la gare : logistique nickel.
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Jour 3 - Rennes : la journée où tout a failli capoter
La journée la plus dure du séjour, et la plus révélatrice sur ce que veut vraiment dire "itinérance". Départ sous un ciel gris - une première depuis le début - avec de jolis plans le long de la Vilaine, du côté de Bourg-des-Comptes et des falaises du Boël. Puis la mécanique s'en mêle : une crevaison lente, une chambre à air qui se coince, une pompe cassée en tentant de la retirer, puis une deuxième crevaison sur un trou introuvable à réparer sur place. Impossible de tenir les délais à vélo : direction l'auto-stop, avec un improbable relais jusqu'à Rennes - Nina en voiture, Achille à vélo - pour tenter de sauver le rendez-vous du marché des Lices, l'institution du samedi matin. Objectif atteint de justesse, galette-saucisse méritée.
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Conséquence : les falaises du Boël sont passées à la trappe côté visite complète (on garde tout de même un plan drone), et le passage à Rennes s'est fait au pas de course - moins de photos que les autres jours, mais plus soignées. Petit détour gourmand par le Grand Huit, un lieu atypique dédié aux arts forains, installé dans les anciennes halles ferroviaires, avant de rallier Hédé-Bazouges. On y est arrivés deux minutes avant un orage d'une violence inattendue - avec des grêlons de la taille de M&M's (!).
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Jour 4 - Le canal d'Ille-et-Rance sous la pluie
Départ aux 11 écluses de Hédé-Bazouges, prouesse hydraulique du XVIIe siècle qui mérite qu'on s'y attarde - mais la pluie s'est invitée dès 8h et n'a plus vraiment lâché de la journée. On a composé avec les éclaircies pour sortir le drone (quatre à cinq spots différents malgré tout), traversé Dinan sans pouvoir s'y attarder autant qu'on l'aurait voulu - dommage, la cité médiévale mérite mieux qu'un aperçu sous la flotte - avant de rejoindre Dinard trempés mais souriants. Le meilleur souvenir comique de la journée : une photo devant une station de réparation vélo au bord du canal, seuls à trouver ça drôle sous une pluie battante.
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C'est le jour où l'on comprend que le récit d'itinérance ne s'arrête pas à la météo idéale - et où l'on a le plus improvisé pour ramener de la matière quand même.
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Jour 5 - Saint-Malo, Cancale et le Mont-Saint-Michel : le vent contre nous, la lumière pour nous
Départ en bateau de Dinard vers 9h40, à bord d'un petit bus de mer rouge, pour rejoindre Saint-Malo où Lisa, de l'office de tourisme, nous attend pour une balade de plus de trois heures sur les remparts. Nina y engloutit un kouign-amann sur le pouce - l'image la plus "Bretagne" du séjour. Direction Cancale ensuite pour un déjeuner d'huîtres sur le port, le Mont-Saint-Michel déjà visible à l'horizon.
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Les derniers kilomètres vers le Mont sont les plus durs physiquement : vent de face à près de 30 km/h, 10-12°C, batteries de drone qui se vident deux fois plus vite que d'habitude. On s'arrête cinq fois pour grappiller des plans aériens - dont un moulin et un étang qu'on n'attendait pas sur la route - avant l'arrivée finale, gelés mais heureux, au pied du Mont. Le lendemain matin, retour vers Paris via Pontorson : cinq jours de vélo, une bonne dose de mésaventures, et au final beaucoup plus de sourires que prévu sur les photos.
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Vélo et train : la meilleure idée de l'itinéraire
Sur nos 5 jours, on a utilisé le train à trois reprises pour sauter les portions les moins spectaculaires ou rattraper un imprévu (crevaison comprise), avec les vélos embarqués gratuitement en TER. C'est très concrètement ce qui a sauvé notre marché des Lices le jour 3, et c'est la meilleure réponse à donner à qui hésite à se lancer faute de temps : la Traversée Bretonne se module, elle ne se subit pas en intégrale obligatoire.
À retenir : réservez vos vélos dans le train à l'avance en haute saison (mai à septembre), les places dédiées sont limitées - on l'a appris à nos dépens.
Nos immanquables, testés sur le terrain
- Les Machines de l'Île à Nantes, éléphant mécanique de 12 mètres compris
- La Villa Cheminée et les œuvres du parcours Estuaire entre Nantes et Saint-Nazaire
- Le village de pêcheurs de Trentemoult, à 8 minutes de navibus de Nantes
- La Maison du Port à Lavau-sur-Loire, pause pique-nique au calme dans les marais
- L'Observatoire de Tadashi Kawamata et le jeu des triangles de Felice Varini à Saint-Nazaire
- Escal'Atlantic et le sous-marin Espadon, seul sous-marin à flot visitable en France
- La vallée des Corbinières, entre Guipry-Messac et Rennes
- Le marché des Lices à Rennes, le samedi matin - arrivez large, on en a fait les frais
- Les 11 écluses de Hédé-Bazouges, même sous la pluie
- La traversée en bateau Dinard → Saint-Malo
- La dégustation d'huîtres sur le port de Cancale
- L'arrivée au Mont-Saint-Michel, si possible avec le vent dans le dos plutôt que de face
Infos pratiques pour préparer votre traversée
- Distance officielle : 519,6 km, mesurés sur la trace GPX complète - pas les "500 km" habituellement arrondis
- Durée du parcours complet : 8 à 10 jours à un rythme d'une cinquantaine de kilomètres par jour
- Notre format : 5 jours, environ 274 km à vélo, en sélectionnant les meilleures séquences et en s'appuyant sur le train pour le reste
- Niveau requis : parcours globalement plat, accessible à un cycliste occasionnel en bonne condition physique. VTC, gravel ou vélo de randonnée conseillés (les portions non asphaltées ne conviennent pas aux vélos de route)
- Meilleure période : de mai à septembre, quand les hébergements et l'embarquement vélo en train tournent à plein régime - et malgré tout, prévoyez une tenue de pluie, on en a eu besoin
- Hébergements : le réseau Accueil Vélo jalonne l'itinéraire ; on a alterné camping et hôtels selon les étapes
- Accès train : TER avec embarquement vélo gratuit, réservation conseillée en haute saison
- Budget indicatif : entre 60 et 100 € par jour et par personne selon le niveau de confort (camping/hôtel, repas sur le pouce ou restaurant), transports en train compris
- Trousse à outils : au moins une chambre à air de rechange et une pompe compatible - la nôtre nous a fait défaut au pire moment
Nos adresses testées sur la route
- Lavau-sur-Loire : pause pique-nique à la Maison du Port, calme absolu sur les marais
- Saint-Nazaire : Escal'Atlantic, puis la terrasse panoramique pour le jeu des triangles
- Rennes : galette-saucisse au marché des Lices (si vous y arrivez à l'heure), puis le Grand Huit pour une pause fun
- Hédé-Bazouges : Hôtel du Vieux Moulin, bien utile pour se sécher après l'orage
- Cancale : déjeuner d'huîtres sur le port, vue sur le Mont-Saint-Michel au loin
Ce qu'on retient de ces 5 jours
Le plus grand malentendu sur la Traversée Bretonne, c'est de l'imaginer comme un itinéraire "nature et campagne" sans surprise. Ce qui nous a le plus marqués, c'est au contraire à quel point elle alterne les ambiances — de l'art contemporain à l'industrie portuaire, d'une ville vivante à un canal du XVIIe siècle, d'une cité corsaire à une baie mythique - sur un tracé qui reste accessible à peu près à tout le monde.
Le deuxième enseignement, plus terre à terre : ça ne se passe jamais exactement comme prévu, et c'est très bien comme ça. Une crevaison, un orage, une pizza moyenne - ce sont ces à-côtés-là qui font qu'on se souvient vraiment d'un voyage à vélo, pas seulement les cartes postales. Cinq jours plus tard, ce sont surtout nos mollets qui s'en souviennent encore.
FAQ - Traversée Bretonne à vélo
En combien de jours peut-on faire la Traversée Bretonne à vélo ?
Le parcours complet (519,6 km) se boucle en 8 à 10 jours à un rythme tranquille. On peut aussi le raccourcir en combinant vélo et train, comme nous l'avons fait en 5 jours pour ne couvrir que les temps forts.
Faut-il un bon niveau physique pour se lancer ?
Non : le tracé est très majoritairement plat. C'est un itinéraire accessible à un cycliste occasionnel, pas nécessairement sportif mais avec une bonne condition physique. Un vélo à assistance électrique fonctionne aussi très bien sur ce parcours.
Peut-on combiner vélo et train sur l'itinéraire ?
Oui, et c'est même l'un des meilleurs atouts de la Traversée Bretonne : les TER embarquent les vélos gratuitement, ce qui permet de sauter une portion ou de raccourcir une étape sans casser la continuité du voyage.
Où trouver la carte et la trace GPX de l'itinéraire ?
La trace GPX complète et la carte officielle de la Traversée Bretonne sont disponibles gratuitement sur le site officiel - voir le lien ci-dessous.
Quelle est la meilleure période pour partir ?
De mai à septembre, lorsque les hébergements, les activités et les services vélo (dont l'embarquement en train) sont pleinement opérationnels. Emportez tout de même une veste de pluie.
Peut-on faire la Traversée Bretonne en famille, avec des enfants ?
Le profil très plat de l'itinéraire s'y prête bien, à condition d'adapter les distances journalières et de privilégier les tronçons les plus roulants (Nantes-Cordemais, le canal d'Ille-et-Rance). Le train permet aussi de raccourcir facilement une étape si besoin.
Le vélo à assistance électrique est-il adapté ?
Oui, c'est même une option confortable vu le faible dénivelé du parcours. Pensez simplement à vérifier les possibilités de recharge sur vos étapes d'hébergement avant de partir.
Envie de vous lancer ?
Pour préparer votre propre traversée, retrouvez l'itinéraire complet en 14 étapes, la carte détaillée et la trace GPX à télécharger gratuitement sur le site officiel de la Traversée Bretonne : Voyage à vélo en Bretagne.
Carnet de route signé Nina et Achille, cinq jours à vélo entre Nantes et le Mont-Saint-Michel.
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